Méru: reportage sur la brigade de gendarmerie caricaturée

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prevention-delinquance-7-ans-perdu-L-1L’ enquête exclusive bâclée.

M6 a diffusé dimanche 6 décembre 2009 une enquête « exclusive »  qui aurait d’ailleurs due être exclue de mon programme. Cette émission présentait le travail des gendarmes des zones semi rurales, précisément  de la gendarmerie à Méru et ses environs.

La première scène est spectaculaire : on voit une femme, le visage tout rouge, ce n’est pas un western spaghetti bolognaise, non, elle porte sur son visage le sang de son mari poignardé alors qu’il sortait de chez lui rue Théodore Gérard. Cette scène sanglante est accompagnée de cris, de pleurs, tout y est pour  nous tenir en haleine après James Bond en première partie de soirée sur France 2.

Gros plan sur la victime à genoux, en position de condamné à mort, les gendarmes entrent en scène. Ils ne sont pas glorifiés, ce sont des gens ordinaires qui viennent recueillir les témoignages. Témoignages de détresse, où on voit ces gens dont une des membres  de la famille de la victime dirait « qu’ils aiment vivre dans la merde ».

La concubine de la victime mentionne la « loi du silence », M6 s’attache à bien décrire Méru comme une ville où la délinquance est élevée, récoltant l’élargissement de l’insécurité venue des banlieues parisiennes. Le constat est alarmiste, la description fataliste. On ne peut rien y faire.

Le reportage explique la délinquance par le déplacement des voyous du 9-3. Les caméras enregistrent cette phrase suggestive : «  je viens de Saint Denis pour être tranquille et là c’est pire ».

Le reportage en gros n’explique rien, sinon que la délinquance est affaire de voyous. Et que ce sont les voyous qui créent la délinquance. Et que la délinquance est affaire de voyous etc.

Bon il y a plusieurs types de voyous, la caricature s’élargie. Les gendarmes de Méru combattent les prostitués des champs, enferment à clé des drogués ou encore des hommes qui tapent leur femme. Seul image réaliste renvoyant à l’accroissement des violences conjugales.

Il y a aussi plusieurs types de gendarmes, on élargie encore. Il y a le comique, Pépé qui aime son métier et qui nous montre la diversité des tâches du gendarmes allant jusqu’à courir après « un crétin » de chien. Il y a aussi le couple de gendarmes,  dont les deux ont une vision différente de leur métier.  On peut apprécier du reportage qu’il montre qu’être un gendarme en milieu semi rural c’est être adaptable et réactif. Etre capable d’écouter une femme victime de violence conjugales, d’intervenir dans des crises de couple, du tapage nocturne ou dans des affaires plus graves de drogue ou de crime, mais aussi d’expliquer à une prostituée qui se croit investie d’une mission divine de « faire le bien » qu’elle n’est en fait victime que de la domination sexiste et crapuleuse de maquereaux. Le travail de gendarme est donc riche, dans ces lieux de délinquance multiforme.

Il y a de la délinquance à Méru, la ligne TER Picardie serait appelée la « ligne de la mort », les gendarmes patrouillent dans le train tous les jours. La délinquance nous a souvent martelé le maire, a baissé, certes même pris de distance face au reportage on a du mal à dire qu’il ne se passe rien à Méru.

Mais après une heure de constat, mi comique, mi dramatique, il ne s’agit pas de la nier ou de la combattre par le seul biais d’une présence policière ou de l’installation de caméras très couteuses.

Pourquoi ne pas parler du chômage à Méru ? il y a des gendarmes dans le train, mais il y a surtout des méruviens qui vont travailler en dehors de la ville.

La délinquance rappelons-le est sociale ! Le sentiment d’insécurité aussi ! C’est-à-dire que la délinquance n’est pas un fléau qu’il faut combattre par le taser mais bien par une action conjointement préventive et répressive.

Chômage et délinquance sont liés. Le chômage place hors de la vie sociale, il place en situation précaire et exclu beaucoup d’entre nous, rend nos conditions d’existence fragiles. C’est un des nœuds du problème plutôt que le flicage de tous les rastas ou typés du coin.

Méru  symbole d’une ville qui subie l’action d’une politique de droite, réduisant les services à la population, ne faisant pas grand-chose pour l’emploi. Méru, ville dotée de gendarmes qui font du mieux qu’ils peuvent, à hauteur de leurs moyens, pour satisfaire une politique du chiffre.

Méru caricaturée encore une fois.  Reformulons le débat si maladroitement mené dans l’émission de la 6. Il ne s’agit pas de faire peur encore plus aux méruviens qui ont assez peur pour leurs conditions de vie aujourd’hui. Il est néanmoins important de dire que la délinquance à Méru s’explique en partie si on regarde les politiques menées par la municipalité.

La délinquance s’explique, elle ne tombe pas du ciel ou des minarets, j’allais dire. On repère les causes quand on est attentif à son environnement, à ses conditions de vie et aux moyens politiques mis en œuvre pour les satisfaire.

Anaïs Gallier.

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