Texte du discours d’investiture de Barack Obama

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serment obama 

Chers compatriotes

Je suis ici devant vous aujourd’hui empli d’un sentiment d’humilité face à la tâche qui nous attend, reconnaissant pour la confiance que vous m’avez témoignée et conscient des sacrifices consentis par nos ancêtres.

Je remercie le président Bush pour ses services rendus à la nation ainsi que pour la générosité et la coopération dont il a fait preuve tout au long de cette passation de pouvoirs.

Quarante-quatre Américains ont maintenant prêté le serment présidentiel. Ils l’ont fait alors que gonflait la houle de la prospérité sur les eaux calmes de la paix. Mais il arrive de temps à autre que ce serment soit prononcé alors que s’accumulent les nuages et que gronde la tempête.

Dans ces moments, l’Amérique a gardé le cap, non seulement en raison de l’habileté ou de la vision de ses dirigeants, mais aussi parce que Nous le Peuple, sommes demeurés fidèles aux idéaux de nos ancêtres et à notre constitution.

Ainsi en a-t-il toujours été. Ainsi doit-il en être pour la présente génération d’Américains.

Nul n’ignore que nous sommes au beau milieu d’une crise. Notre nation est en guerre contre un vaste réseau de violence et de haine. Notre économie est gravement affaiblie, conséquence de la cupidité et de l’irresponsabilité de certains, mais aussi de notre échec collectif à faire des choix difficiles et à préparer la nation à une nouvelle ère.

Des gens ont perdu leur maison ou leur emploi, des entreprises ont dû fermer leurs portes. Notre système de santé coûte trop cher. Nos écoles laissent tomber trop d’enfants et chaque jour apporte de nouvelles preuves que la façon dont nous utilisons l’énergie renforce nos adversaires et menace notre planète.

Ce sont les signes de la crise en termes statistiques. Mais, si elle n’est pas aussi tangible, la perte de confiance dans tout le pays n’en est pas moins profonde, nourrie de la crainte tenace que le déclin de l’Amérique soit inévitable et que la prochaine génération doive diminuer ses ambitions.

Je vous dis aujourd’hui que les défis auxquels nous faisons face sont réels. Ils sont importants et nombreux. Nous ne pourrons les relever facilement ni rapidement. Mais, sache le, Amérique, nous le relèverons.

En ce jour, nous sommes réunis car nous avons préféré l’espoir à la peur, la volonté d’agir en commun au conflit et à la discorde.

En ce jour nous proclamons la fin des doléances mesquines et des fausses promesses, des récriminations et des dogmes éculés qui ont pendant trop longtemps étouffé notre vie politique.

Nous demeurons une jeune nation. Mais pour reprendre les mots de la Bible, le temps est venu de se défaire des enfantillages. Le temps est venu de réaffirmer la force de notre caractère, de choisir la meilleure part de notre histoire, de porter ce précieux don, cette noble idée transmise de génération en génération: la promesse de Dieu que nous sommes tous égaux, tous libres et que nous méritons tous la chance de prétendre à une pleine mesure de bonheur.

Nous réaffirmons la grandeur de notre nation en sachant que la grandeur n’est jamais donnée mais se mérite. Dans notre périple nous n’avons jamais emprunté de raccourcis et ne nous sommes jamais contentés de peu. Cela n’a jamais été un parcours pour les craintifs, ceux qui préfèrent les loisirs au travail ou ne recherchent que la richesse ou la célébrité.

Au contraire, ce sont plutôt ceux qui ont pris des risques, qui ont agi et réalisé des choses – certains connus, mais le plus souvent des hommes et des femmes anonymes – qui nous ont permis de gravir le long et rude chemin vers la prospérité et la liberté.

Pour nous, ils ont rassemblé leurs maigres possessions et traversé des océans en quête d’une vie nouvelle.

Pour nous, ils ont trimé dans des ateliers de misère et colonisé l’Ouest. Ils ont connu la morsure du fouet et la dureté du labeur de la terre. Pour nous, ils se sont battus et sont morts dans des lieux comme Concord et Gettysburg, en Normandie ou à Khe-Sanh.

A maintes reprises ces hommes et ces femmes se sont battus, se sont sacrifiés, ont travaillé à s’en user les mains afin que nous puissions mener une vie meilleure. Ils voyaient en l’Amérique quelque chose de plus grand que la somme de leurs ambitions personnelles, que toutes les différences dues à la naissance, la richesse ou l’appartenance à une faction.

C’est la voie que nous poursuivons aujourd’hui. Nous demeurons la nation la plus prospère, la plus puissante de la Terre. Nos travailleurs ne sont pas moins productifs qu’au début de la crise. Nos esprits ne sont pas moins inventifs, nos biens et services pas moins demandés que la semaine dernière, le mois dernier ou l’an dernier. Nos capacités demeurent intactes. Mais il est bien fini le temps de l’immobilisme, de la protection d’intérêts étroits et du report des décisions désagréables.

A partir d’aujourd’hui, nous devons nous relever, nous épousseter et reprendre la tâche de la refondation de l’Amérique.

Où que nous regardions, il y a du travail. L’état de l’économie réclame des gestes audacieux et rapides. Et nous agirons – non seulement pour créer de nouveaux emplois mais pour jeter les fondations d’une nouvelle croissance. Nous allons construire les routes et les ponts, les réseaux électriques et numériques qui alimentent notre commerce et nous unissent.

Nous redonnerons à la science la place qu’elle mérite et utiliserons les merveilles de la technologie pour accroître la qualité des soins de santé et diminuer leur coût.

Nous dompterons le soleil, le vent et le sol pour faire avancer nos automobiles et tourner nos usines. Nous transformerons nos écoles et nos universités pour répondre aux exigences d’une ère nouvelle. Nous pouvons faire tout cela et nous le ferons.

Cela dit, il y a des gens pour s’interroger sur l’ampleur de nos ambitions, et suggérer que notre système n’est pas capable de faire face à trop de grands projets à la fois. Ils ont la mémoire courte. Ils ont oublié ce que ce pays a déjà accompli, ce que des hommes et des femmes libres peuvent réaliser quand l’imagination sert un objectif commun et que le courage s’allie à la nécessité.

Ce que les cyniques ne peuvent pas comprendre, c’est que le sol s’est dérobé sous leurs pieds et que les arguments politiques rancis auxquels nous avons eu droit depuis si longtemps, ne valent plus rien. La question aujourd’hui n’est pas de savoir si notre gouvernement est trop gros ou trop petit, mais s’il fonctionne – s’il aide les familles à trouver des emplois avec un salaire décent, à accéder à des soins qu’ils peuvent se permettre et à une retraite digne. Là où la réponse à cette question est oui, nous continuerons. Là où la réponse est non, nous mettrons un terme à des programmes.

Et ceux d’entre nous qui gèrent les deniers publics seront tenus de dépenser avec sagesse, de changer les mauvaises habitudes, de gérer en pleine lumière – c’est seulement ainsi que nous pourrons restaurer l’indispensable confiance entre un peuple et son gouvernement.

La question n’est pas non plus de savoir si le marché est une force du bien ou du mal. Sa capacité à générer de la richesse et à étendre la liberté est sans égale. Mais cette crise nous a rappelé que sans surveillance, le marché peut devenir incontrôlable, et qu’une nation ne peut prospérer longtemps si elle ne favorise que les plus nantis. Le succès de notre économie n’est pas uniquement fonction de la taille de notre produit intérieur brut. Il dépend aussi de l’étendue de notre prospérité, de notre capacité à donner une chance à ceux qui le veulent – non par charité mais parce que c’est la meilleure voie vers le bien commun.

En ce qui concerne notre défense à tous, nous rejettons l’idée qu’il faille faire un choix entre notre sécurité et nos idéaux. Nos Pères fondateurs, face à des périls que nous ne pouvons que difficilement imaginer, ont mis au point une charte pour assurer la prééminence de la loi et les droits de l’Homme, une charte prolongée par le sang de générations. Ces idéaux éclairent toujours le monde, et nous ne les abandonnerons pas par commodité.

A tous les peuples et les gouvernants qui nous regardent aujourd’hui, depuis les plus grandes capitales jusqu’au petit village où mon père est né : sachez que l’Amérique est l’amie de chaque pays et de chaque homme, femme et enfant qui recherche un avenir de paix et de dignité, et que nous sommes prêts à nouveau à jouer notre rôle dirigeant.

Rappelez-vous que les précédentes générations ont fait face au fascisme et au communisme pas seulement avec des missiles et des chars, mais avec des alliances solides et des convictions durables. Elles ont compris que notre puissance ne suffit pas à elle seule à nous protéger et qu’elle ne nous permet pas d’agir à notre guise. Au lieu de cela, elles ont compris que notre puissance croît lorsqu’on en use prudemment; que notre sécurité découle de la justesse de notre cause, la force de notre exemple et des qualités modératrices de l’humilité et de la retenue.

Nous sommes les gardiens de cet héritage. Une fois de plus guidés par ces principes, nous pouvons répondre à ces nouvelles menaces qui demandent un effort encore plus grand, une coopération et une compréhension plus grande entre les pays.

Nous allons commencer à laisser l’Irak à son peuple de façon responsable et forger une paix durement gagnée en Afghanistan. Avec de vieux amis et d’anciens ennemis, nous allons travailler inlassablement pour réduire la menace nucléaire et faire reculer le spectre du réchauffement de la planète.

Nous n’allons pas nous excuser pour notre façon de vivre, ni hésiter à la défendre, et pour ceux qui veulent faire avancer leurs objectifs en créant la terreur et en massacrant des innocents, nous vous disons maintenant que notre résolution est plus forte et ne peut pas être brisée; vous ne pouvez pas nous survivre et nous vous vaincrons.

Nous savons que notre héritage multiple est une force, pas une faiblesse.

Nous sommes un pays de chrétiens et de musulmans, de juifs et d’hindous, et d’athées. Nous avons été formés par chaque langue et civilisation, venues de tous les coins de la Terre. Et parce que nous avons goûté à l’amertume d’une guerre de Sécession et de la ségrégation, et émergé de ce chapitre plus forts et plus unis, nous ne pouvons pas nous empêcher de croire que les vieilles haines vont un jour disparaître, que les frontières tribales vont se dissoudre, que pendant que le monde devient plus petit, notre humanité commune doit se révéler, et que les Etats-Unis doivent jouer leur rôle en donnant l’élan d’une nouvelle ère de paix.

Au monde musulman: nous voulons trouver une nouvelle approche, fondée sur l’intérêt et le respect mutuels. A ceux parmi les dirigeants du monde qui cherchent à semer la guerre, ou faire reposer la faute des maux de leur société sur l’Occident, sachez que vos peuples vous jugeront sur ce que vous pouvez construire, pas détruire.

A ceux qui s’accrochent au pouvoir par la corruption et la fraude, et en bâillonant les opinions dissidentes, sachez que vous êtes du mauvais côté de l’histoire, mais que nous vous tendrons la main si vous êtes prêts à desserrer votre étau.

Aux habitants des pays pauvres, nous promettons de travailler à vos côtés pour faire en sorte que vos fermes prospèrent et que l’eau potable coule, de nourrir les corps affamés et les esprits voraces.

Et à ces pays qui comme le nôtre bénéficient d’une relative abondance, nous disons que nous ne pouvons plus nous permettre d’être indifférents aux souffrances à l’extérieur de nos frontières, ni consommer les ressources planétaires sans nous soucier des conséquences. En effet, le monde a changé et nous devons évoluer avec lui.

Lorsque nous regardons le chemin à parcourir, nous nous rappelons avec une humble gratitude ces braves Américains qui, à cette heure précise, patrouillent dans des déserts reculés et des montagnes éloignées. Ils ont quelque chose à nous dire aujourd’hui, tout comme les héros qui reposent à Arlington nous murmurent à travers les âges.

Nous les honorons non seulement parce qu’ils sont les gardiens de notre liberté, mais parce qu’ils incarnent l’esprit de service, une disponibilité à trouver une signification dans quelque chose qui est plus grand qu’eux. Et à ce moment, ce moment qui définira une génération, c’est précisément leur esprit qui doit tous nous habiter.

Quoi qu’un gouvernement puisse et doive faire, c’est en définitive de la foi et la détermination des Américains que ce pays dépend. C’est la bonté d’accueillir un inconnu lorsque cèdent les digues, le désintéressement d’ouvriers qui préfèrent travailler moins que de voir un ami perdre son emploi, qui nous permet de traverser nos heures les plus sombres.

C’est le courage d’un pompier prêt à remonter une cage d’escalier enfumée, mais aussi la disponibilité d’un parent à nourrir un enfant, qui décide en définitive de notre destin.

Les défis face à nous sont peut-être nouveaux. Les outils avec lesquels nous les affrontons sont peut-être nouveaux. Mais les valeurs dont notre succès dépend, le travail, l’honnêteté, le courage et le respect des règles, la tolérance et la curiosité, la loyauté et le patriotisme, sont anciennes. Elles sont vraies. Elles ont été la force tranquille du progrès qui a sous-tendu notre histoire. Ce qui est requis, c’est un retour à ces vérités. Ce qui nous est demandé maintenant, c’est une nouvelle ère de responsabilité, une reconnaissance, de la part de chaque Américain, que nous avons des devoirs envers notre pays et le monde, des devoirs que nous n’acceptons pas à contrecoeur mais saisissons avec joie, avec la certitude qu’il n’y a rien de plus satisfaisant pour l’esprit et qui définisse notre caractère, que de nous donner tout entier à une tâche difficile.

C’est le prix, et la promesse, de la citoyenneté.

C’est la source de notre confiance, savoir que Dieu nous appelle pour forger un destin incertain.

C’est la signification de notre liberté et de notre credo, c’est la raison pour laquelle des hommes, des femmes et des enfants de toutes les races et de toutes les croyances peuvent se réjouir ensemble sur cette magnifique esplanade, et pour laquelle un homme dont le père, il y a moins de 60 ans, n’aurait peut-être pas pu être servi dans un restaurant de quartier, peut maintenant se tenir devant vous pour prêter le serment le plus sacré.

Donc marquons ce jour du souvenir, de ce que nous sommes et de la distance que nous avons parcourue. Aux temps de la naissance des Etats-Unis, dans les mois les plus froids, un petit groupe de patriotes s’est blotti autour de feux de camp mourants, au bord d’une rivière glacée. La capitale fut abandonnée. L’ennemi progressait. La neige était tachée de sang. Au moment où l’issue de notre révolution était la plus incertaine, le père de notre nation a donné l’ordre que ces mots soits lus :

« Qu’il soit dit au monde du futur, qu’au milieu de l’hiver, quand seul l’espoir et la vertu pouvaient survivre, que la ville et le pays, face à un danger commun, (y) ont répondu ».

O Etats-Unis. Face à nos dangers communs, dans cet hiver de difficultés, rappelons-nous ces mots éternels. Avec espoir et courage, bravons une fois de plus les courants glacés, et supportons les tempêtes qui peuvent arriver. Qu’il soit dit aux enfants de nos enfants que lorsque nous avons été mis à l’épreuve, nous avons refusé de voir ce parcours s’arrêter, nous n’avons pas tourné le dos ni faibli. Et avec les yeux fixés sur l’horizon et la grâce de Dieu, nous avons continué à porter ce formidable cadeau de la liberté et l’avons donné aux générations futures.

Le discours de victoire d’Obama en version française

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Traduction et notes : Lionel Chollet.

Barack Obama :

Salut Chicago !

S’il y a quelqu’un au monde qui doute encore que l’Amérique soit un lieu où tout est possible ; qui se demande encore si le rêve de nos fondateurs est toujours vivant à notre époque ; qui s’interroge encore sur la force de notre démocratie… ce soir vous apporte la réponse.

C’est la réponse apportée par les files d’attente qui formaient, autour des écoles et des églises, une foule d’une importance que cette nation n’avait jamais connue ; par des gens qui ont attendu trois heures, quatre heures, beaucoup d’entre eux pour la toute première fois de leur vie, parce qu’ils croyaient que cette fois ce devait être différent ; que leur voix pouvait faire la différence.

C’est la réponse formulée par des jeunes et des vieux, par des riches et des pauvres, des Démocrates et des Républicains, des Noirs, des Blancs, des Hispaniques, des Asiatiques, des Amérindiens, des homos, des hétéros, des handicapés et des valides — des Américains qui ont adressé au monde le message que nous n’avons jamais été un simple amalgame d’individus ou un amalgame d’États rouges et d’États bleus ; nous sommes, et nous serons toujours, les États-Unis d’Amérique.

C’est la réponse qui a conduit ceux dont, pendant si longtemps, tant de gens ont dit qu’ils étaient cyniques, et emplis de craintes, et peu confiants dans ce que nous pouvons accomplir, à prendre en mains l’arc de l’Histoire, et à le tendre à nouveau dans l’espoir de jours meilleurs.

Il y a fallu longtemps, mais ce soir, grâce à ce que nous avons fait en ce jour, dans cette élection, à ce moment de vérité, le changement est arrivé pour l’Amérique.

Il y a quelques instants de cela ce soir, j’ai reçu un appel extraordinairement aimable du sénateur McCain. Le sénateur McCain a mené une longue et rude bataille pendant cette campagne, et il a mené une bataille encore plus longue et plus rude pour le pays qu’il aime. Il a enduré pour l’Amérique des sacrifices que beaucoup d’entre nous ne peuvent même pas imaginer, et nous sommes redevables des services rendus par ce dirigeant courageux et désintéressé. Je le félicite, je félicite le gouverneur [Sarah] Palin, pour tout ce qu’ils ont accompli, et j’espère pouvoir travailler avec eux au renouveau des espoirs de cette nation, dans les mois à venir.

Je veux remercier celui qui m’a accompagné au cours de ce voyage, un homme qui a fait campagne avec son cœur et qui a parlé pour les hommes et les femmes avec qui il a grandi dans les rues de Scranton, avec qui il a pris le train de retour vers son État du Delaware, le vice-président élu des États-Unis, Joe Biden.

Et je ne serais pas là devant vous ce soir sans le soutien indéfectible de celle qui fut ma meilleure amie au cours des seize dernières années, le pilier de notre famille, l’amour de ma vie, la future Première dame de notre nation, Michelle Obama.

Sasha et Malia,  je vous aime toutes les deux, plus que vous ne pouvez l’imaginer, et vous avez bien mérité le petit chiot qui va venir avec nous à la Maison Blanche.

Et, bien qu’elle ne soit plus parmi nous, je sais que ma grand-mère nous regarde, tout comme la famille qui a fait de moi ce que je suis. Ils me manquent ce soir, et je sais que ma dette envers eux est incommensurable. À ma sœur Maya, à ma sœur Alma, à tous mes autres frères et sœurs, un grand merci pour le soutien que vous m’avez apporté.

Je leur suis reconnaissant.

À mon directeur de campagne, David Plouffe, le héros méconnu de cette campagne, qui a construit la meilleure, la meilleure campagne électorale, je pense, de l’histoire des États-Unis d’Amérique.

À mon directeur de la stratégie, David Axelrod, qui m’a accompagné tout au long du chemin ; à la meilleure équipe de campagne qui fut jamais réunie dans toute l’histoire politique ; vous avez fait en sorte que cela se produise, et je vous suis reconnaissant pour toujours des sacrifices que vous avez faits afin de l’accomplir.

Mais par-dessus tout, je n’oublierai jamais à qui cette victoire appartient vraiment. Elle vous appartient. Elle vous appartient.

Je n’étais pas le candidat le plus évident pour ce poste. Nous n’avons pas commencé avec beaucoup d’argent ni beaucoup de soutiens. Notre campagne n’est pas née dans les couloirs de Washington ; elle a commencé dans les arrière-cours de Des Moines, dans les salons de Concord et sous les porches de Charleston. Elle a été menée par des travailleurs et des travailleuses qui ont puisé dans le peu d’économies qu’ils avaient pour donner cinq dollars, dix dollars, vingt dollars à la cause.

Elle a gagné en force grâce à des jeunes qui ont rejeté le mythe de l’apathie de leur génération, qui ont quitté leur maison et leur famille pour des emplois qui procuraient de faibles salaires et peu de repos ; elle a gagné en force grâce à des gens moins jeunes qui ont bravé le froid mordant et la chaleur torride pour aller frapper aux portes de parfaits inconnus ; et grâce aux millions d’Américains qui se sont engagés comme bénévoles, qui se sont organisés, et qui ont prouvé qu’après plus de deux siècles le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple, n’est pas une idée morte sur cette Terre. C’est votre victoire.

Je sais que vous ne l’avez pas fait simplement pour gagner une élection. Je sais que vous ne l’avez pas fait pour moi. Vous l’avez fait parce que vous comprenez l’immense ampleur de la tâche qui nous incombe. Parce que, même alors que nous célébrons la victoire ce soir, nous savons que les défis que nous aurons à relever demain seront les plus grands de notre existence : deux guerres, une planète en péril, la plus grave crise financière depuis un siècle.

Alors que nous nous trouvons ici ce soir, nous savons que des Américains courageux se réveillent dans les déserts d’Irak et les montagnes d’Afghanistan et vont risquer leur vie pour nous. Il y a des mères et des pères qui resteront éveillés dans leur lit une fois les enfants endormis, à se demander comment ils vont rembourser le crédit de la maison, payer le médecin ou mettre assez de côté pour l’éducation supérieure de leurs enfants.
Il y a de nouvelles énergies à maîtriser et de nouveaux emplois à créer, de nouvelles écoles à construire et des menaces à affronter, et des alliances à renouer.

La route sera longue. Notre ascension sera difficile. Nous n’y arriverons peut-être pas en un an, ni même en un mandat. Mais, Amérique, je n’ai jamais été plus confiant que ce soir quant au fait que nous y arriverons. Je vous le promets : nous, le peuple, nous y arriverons.

Il y aura des revers et des faux départs. Nombreux seront ceux qui n’approuveront pas chaque décision ou chaque mesure que je prendrai en tant que président, et nous savons que le gouvernement ne peut pas résoudre tous les problèmes. Mais je serai toujours honnête avec vous quant aux défis auxquels nous sommes confrontés. Je vous écouterai, particulièrement lorsque nous ne serons pas d’accord. Et par-dessus tout je vous demanderai de participer à l’effort pour reconstruire cette nation, de la seule manière qu’on sache pratiquer en Amérique depuis 221 ans : pierre par pierre, brique par brique, avec nos mains calleuses.

Ce qui a commencé il y a vingt-et-un mois au cœur de l’hiver ne doit pas s’arrêter en cette nuit d’automne. Cette victoire à elle seule n’est pas le changement que nous recherchons ; c’est seulement notre chance de créer ce changement. Et cela ne peut pas se produire si nous revenons aux conditions d’avant. Cela ne peut se produire sans vous.

Alors faisons appel à un nouvel esprit de patriotisme, de civisme et de responsabilité, dans lequel chacun d’entre nous s’engagera résolument et travaillera dur et veillera, non seulement au bien de sa personne, mais à celui de chacun des autres. Souvenons-nous que, si cette crise financière nous a appris quelque chose, c’est que Wall Street ne peut pas prospérer quand Main Street souffre. Dans ce pays, nous nous élevons, ou nous tombons, comme une seule nation, un seul peuple.

Résistons à la tentation de retomber dans le même esprit partisan, la même mesquinerie et les mêmes enfantillages qui ont empoisonné notre vie politique pendant si longtemps.

Souvenons-nous que c’est un homme de cet État qui a, le premier, porté la bannière du parti Républicain à la Maison Blanche ; un parti fondé sur des valeurs d’indépendance et de responsabilité, de liberté individuelle et d’unité nationale.

Ce sont des valeurs que nous partageons tous. Et si le parti Démocrate a remporté une grande victoire ce soir, nous l’accueillons avec une certaine humilité, et avec la détermination de remédier aux divisions qui ont retardé notre progrès. Comme Lincoln l’a dit à une nation bien plus divisée que la nôtre, « Nous ne sommes pas ennemis, mais amis… Bien que la passion les ait éprouvés, elle ne doit pas briser nos liens d’affection. » Et à ces Américains dont je dois encore gagner le soutien : je n’ai peut-être pas remporté vos suffrages ce soir, mais j’entends vos voix ; j’ai besoin de votre aide, et je serai votre président à vous aussi.

Et à tous ceux qui nous regardent ce soir au-delà de nos frontières, depuis les parlements et les palais jusqu’à ceux rassemblés autour des postes de radio dans les coins oubliés du monde : nos histoires sont singulières, mais notre destin est commun, et l’aube d’une nouvelle direction américaine est à portée de main.

À ceux… à ceux qui voudraient déchirer le monde : nous vous vaincrons. À ceux qui recherchent la paix et la sécurité : nous vous soutenons. Et à tous ceux qui se sont demandé si le phare de l’Amérique brillait toujours du même éclat : ce soir, nous avons prouvé une fois encore que la véritable force de notre nation vient, non pas de la puissance de nos armes ou de l’étendue de notre richesse, mais du pouvoir pérenne de nos idéaux : la démocratie, la liberté, l’étendue des possibilités et l’espoir inébranlable.

Car c’est là le véritable génie de l’Amérique : l’Amérique peut changer. Notre union peut être renforcée. Et ce que nous avons déjà accompli nous donne espoir quant à ce que nous pouvons et devrons accomplir demain.

Cette élection a connu de nombreuses « premières », et des histoires qu’on racontera encore pendant des générations. Mais l’histoire que j’ai présente à l’esprit ce soir est celle d’une femme qui a voté à Atlanta. Elle ressemble beaucoup à des millions d’autres qui ont fait la queue pour faire entendre leur voix, à un détail près : Ann Nixon Cooper a 106 ans.

Elle est d’une génération née juste après l’esclavage ; à une époque où il n’y avait pas de voitures dans les rues ni d’avions dans le ciel ; à une époque où une personne comme elle ne pouvait pas voter, pour deux raisons : parce qu’elle était une femme, et à cause de la couleur de sa peau.

Et ce soir, je pense à tout ce qu’elle a vu durant son siècle d’existence en Amérique : le chagrin et l’espoir ; la lutte et le progrès ; les périodes où l’on nous disait que nous ne pouvions rien y faire, et les gens qui ont persévéré dans cette foi américaine : « Oui, nous le pouvons ».

Née à une époque où la voix des femmes était étouffée et leurs espoirs ignorés, elle a vécu pour voir ces femmes se dresser, prendre la parole et obtenir le droit de vote. Oui, nous le pouvons.

Quand le désespoir traversait le pays comme les tempêtes de poussière et la Grande Dépression, elle a vu une nation dompter la peur elle-même avec un Nouveau Contrat social, de nouveaux emplois, le sentiment nouveau d’un but commun. Oui, nous le pouvons.

Quand les bombes furent lâchées sur notre port et que la tyrannie menaçait le monde, elle était là pour voir une génération s’élever vers la grandeur, et une démocratie être sauvée. Oui, nous le pouvons.

Elle était là pour les bus de Montgomery, pour les lances d’incendie de Birmingham, pour un pont à Selma, et pour un pasteur d’Atlanta qui disait aux gens : « Nous vaincrons. » Oui, nous le pouvons.

Un homme a posé le pied sur la Lune, un mur est tombé à Berlin, un monde a été connecté grâce à notre science et à notre imagination. Et cette année, pour cette élection, elle a touché un écran du doigt et a exprimé son vote, parce qu’après 106 années en Amérique, ayant traversé les moments les meilleurs et les heures les plus sombres, elle sait que l’Amérique peut changer. Oui, nous le pouvons.

Amérique, nous sommes allés si loin. Nous avons vu tant de choses. Mais il reste encore bien plus à faire. Alors ce soir, posons-nous la question : si nos enfants pouvaient connaître le siècle prochain, si mes filles avaient la chance de vivre aussi longtemps qu’Ann Nixon Cooper, quel changement verront-ils ? Quels progrès aurons-nous faits ?

Voici notre chance de répondre à cet appel. C’est à nous de répondre, maintenant. L’heure est venue pour notre peuple de se remettre au travail et d’ouvrir les portes des possibles à nos enfants ; de rétablir la prospérité et d’œuvrer pour la paix ; de nous réapproprier le Rêve américain et de réaffirmer cette vérité fondamentale : dans notre multitude, nous ne faisons qu’un ; tant que nous respirerons, nous espérerons ; et quand nous ferons face au cynisme, au scepticisme, et à ceux qui nous disent qu’on n’y peut rien, nous répondrons par ce credo intemporel qui résume l’esprit d’un peuple : oui, nous le pouvons.

Merci. Dieu vous bénisse, et que Dieu bénisse les États-Unis d’Amérique.

Notes

  1. Les États dans lesquels le parti Républicain a la majorité électorale sont appelés Red States, ceux où le vote Démocrate prédomine sont appelés Blue States. []
  2. L’élection présidentielle américaine a lieu tous les quatre ans, le mardi suivant le premier lundi du mois de novembre, mais le président et le vice-président élus n’entrent officiellement en fonction que le 20 janvier de l’année suivante, lors de l’Inauguration Day. []
  3. Sasha et Malia, les deux filles de Michelle et Barack Obama. []
  4. La rue de Manhattan où se dresse le bâtiment de la plus importante Bourse du monde, le New York Stock Exchange ; par extension, désigne le monde des affaires et de la finance. []
  5. Littéralement : « rue principale » ou « grand-rue », dans les villes petites et moyennes ; par extension, désigne l’habitat et la condition de l’Américain moyen, « l’homme de la rue ». []
  6. L’Illinois, dont Chicago est la ville la plus importante, la troisième des États-Unis par la population ; la capitale de l’État d’Illinois est Springfield. []
  7. Abraham Lincoln (1809-1865), premier président Républicain des États-Unis. []
  8. Le Dust Bowl des années 1930. []
  9. La période de l’histoire américaine consécutive à la crise de 1929. []
  10. Le New Deal du président Franklin Delano Roosevelt. []
  11. L’attaque japonaise sur la base navale de Pearl Harbor, sur l’île d’Oahu dans l’archipel d’Hawaii, le 7 décembre 1941. []
  12. Le boycott des bus de Montgomery, en 1955. []
  13. Le 2 mai 1963 à Birmingham en Alabama, la police réprime une manifestation pour les droits civiques en utilisant des chiens et des jets d’eau à haute pression. []
  14. Le 7 mars 1965, 600 défenseurs des droits civiques partis de Selma pour rejoindre Montgomery en une marche pacifique, sont arrêtés au pont Edmund-Pettus par la police et une foule hostile qui les repoussent violemment à coup de matraques et de gaz lacrymogène. []
  15. Martin Luther King Jr. []
  16. We Shall Overcome, chant tiré d’un gospel, pris comme hymne du mouvement pour les droits civiques ; on peut en écouter l’interprétation par Joan Baez sur Youtube. []
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